"C'est mon anniversaire", comptabilité de cadeaux et photographe bien placé
Léon XIV ayant demandé cette année, pour le Carême, de se retenir de dire du mal les uns des autres, je m’empresse d’envoyer cette newsletter avant minuit.
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Le 11 février dernier, Gabriel Attal était invité de France Inter. Après avoir évoqué le budget et la crise iranienne, alors qu’on l’interrogeait sur les municipales à Paris, notamment sur qui ’il appellerait à soutenir au lendemain du premier tour, le 16 mars, il a répondu “vous pouvez m’inviter, c’est mon anniversaire”.
On savait que les anniversaires des enfants étaient partis en vrille, passés en un demi siècle de gâteaux yaourt décorés aux smarties à des superproductions avec chasse au trésor sur poney en lasergame. On a prêté moins d’attention à ce qui était arrivé dans le même temps aux anniversaires des grandes personnes. Est-ce qu’on imagine le Général de Gaulle rappelant son propre anniversaire ?
“Les gens de mon âge n’ont jamais autant fêté leurs anniversaires. Avant, on se contentait de marquer les dizaines, mais dorénavant chaque année doit être célébrée, comme si chaque année était en soi une victoire sur le désordre. Ou bien est-ce juste une manière de prolonger l’enfance ?” se demande le personnage principal du dernier roman de Delphine de Vigan.
J’ai beau me reconnaître dans ce phénomène (je guette chaque année l’email de Picard m’annonçant le fondant au chocolat offert pour mon anniversaire) et considérer que tout ce qui peut être fêté doit l’être, j’ai quand même été scotchée par la place qu’occupent les anniversaires dans les Epstein Files, digne de celle qu’ils occupent dans un groupe WhatsApp de parents d’élèves.
A l’approche du 20 janvier, chaque année Epstein rappelle son anniversaire à ses interlocuteurs.
Souvenons-nous : quand les Epstein Files reviennent dans l’actualité en juillet, c’est parce que le Wall Street Journal révèle l’existence d’un album coordonné par Ghislaine Maxwell pour ses 50 ans, au sein duquel on trouve un dessin de femme toute nue de Donald Trump faisant référence à leurs “petits secrets”.
A l’occasion de ses 60 ans, c’est Karyna Shuliak, la girlfriend bielorusse, qui semble s’y coller et adresse des e-mails à des personnalités pour leur demander un texte de souvenirs pour un petit livre à offrir à son anniversaire. Le thème “un repas partagé avec Jeffrey et ses amis farfelus”, pour avoir “des histoires intéressantes de ses amis intéressants”.. Et là on comprend ce que sera le cadeau : l’équivalent papier des photos qui trônent déjà partout chez lui : la liste de toutes les relations dont il peut se flatter.
“Vous pouvez nous aider à retrouver la date du dîner avec Sergey Brin et Larry Page ?” s’enquérit David Gergen, ex conseiller présidentiel de Reagan et Clinton et prof d’Harvard. Joi Ito, le directeur du média lab du MIT a le réflexe de demander si ce qu’il va écrire sera seulement repris dans un petit livre pour Epstein ou si ça va être partagé (il n’imagine pas jusqu’où ça le sera).
Plus ahurissant encore, un autre e-mail indique que c’est Jeffrey Epstein qui est à la manoeuvre. Il a même donné à son assistante la liste de personnalités à solliciter ! “Au cas où l’un d’entre eux vous contacterait, écrit-elle à Karyna.. Jeffrey m’a demandé de leur dire que vous et moi sommes en train de préparer un livret d’histoires pour son anniversaire...”




